Carnet n° 571 du 9 septembre 2019



« Écrire, c’est hurler sans bruit »

Chaque lundi, au moment de prendre la plume pour écrire mon carnet hebdomadaire, mon esprit vagabonde entre deux citations :

L’une de François Mitterrand que j’ai déjà utilisée :

« Écrire, c’est vider son sac »

L’autre est de Marguerite Duras et c’est celle que j’utilise aujourd’hui pour titrer mon carnet n° 571 en ce 9 septembre 2019 :

« Écrire, c’est hurler sans bruit»

Car il est vrai qu’en ce début déjà bien avancé du 21ème siècle et en cette période de ma vie, elle aussi bien avancée, j’ai souvent envie de hurler.

Hurler contre toutes les violences ambiantes (qu’il est, en cet instant, sans doute inutile de citer),

contre toutes les manœuvres aggravées par les réseaux internet, faites pour blesser et même  pour abattre,

contre les excès de tous ordres, les pertes de repères et de valeurs, le respect qui disparaît, les intégrismes religieux ou non qui explosent (dans tous les sens du terme), le court terme qui ignore le long terme, l’argent et le profit qui ont remplacé la solidarité humaine,

oui, il ne se passe pas un jour où je n’ai pas envie de hurler.

Et pourtant je me maîtrise par respect pour les autres et aussi pour moi-même afin de « ne pas en rajouter » aux hurlements de nos sociétés en me « conseillant » au fond de mon être d’attendre le lundi suivant quand, avec l’écriture de mon carnet, « je pourrai hurler sans bruit » et donc, je le crois, sans excès, en faisant passer le fond de mon propos avant sa forme.

C’est pourquoi, qu’il s’agisse de la politique de notre Président de la République, et même si je suis souvent en profond désaccord avec lui, j’évite les paroles et les phrases irrespectueuses, voire blessantes (comme j’en lis sur les réseaux internet et sous la plume de certain(e)s),

qu’il s’agisse de l’avenir de notre monde et de l’espèce humaine, je privilégie la recherche de pistes de solutions à un catastrophisme même « politiquement plus payant » et donc plus confortable,

qu’il s’agisse de l’Union Européenne, aujourd’hui à la dérive, je veux croire que son moteur repartira,

qu’il s’agisse de la France « goutte d’eau de 65 millions d’habitants » perdue parmi 118 fois plus d’êtres humains, je crois en sa pérennité, à celles de ses valeurs, envers et contre celles et ceux qui l’ont déjà condamnée soit par leurs actions soit par leurs discours,

j’écris pour « hurler sans bruit » mais toujours sans concessions ni lâchetés petites ou grandes plus confortables sans doute à court terme, voire politiquement « plus rentables ».

C’est dans cet esprit que j’ai voulu rappeler en ce début de carnet donc en respectant nos institutions, celles et ceux qui ont été démocratiquement élu(e)s et leur droit à décider de choses avec lesquelles je suis en désaccord, que je veux revenir sur le projet gouvernemental de « retraite par points » qui a, cette semaine, reçu un accueil peu amène  de la part d’organisations syndicales et d’un nombre croissant de citoyens.

J’ai déjà essayé d’expliquer la semaine dernière pourquoi, à mon sens, ce projet de « retraite par points », était un coup violent porté à la notion même de solidarité, un coup avant d’autres qui pourraient être portés à la sécurité sociale, à la santé et donc à l’idée même d’Action Sociale.

Le fait qu’un nombre croissant de responsables parlent maintenant systématiquement « d’aide sociale » en parlant de la retraite, alors qu’une retraite est le résultat d’une longue période de travail et de lourdes cotisations, en est une illustration supplémentaire.

Le fait que le Président du MEDEF, ci-devant Geoffroy Roux de Bézieux, nous explique que la retraite par points permettra, chaque année, en jouant sur la valeur du point, d’assurer l’équilibre recettes-dépenses du régime des retraites, est un aveu qui devrait ouvrir les yeux de tous nos concitoyens qui croient encore aux effets positifs du slogan électoral : chaque euro cotisé ouvrira les mêmes droits…?

Non seulement le total des points capitalisés sera automatiquement en baisse au regard de la référence actuelle aux meilleures années de travail, mais en fixant un point à la baisse, « les pouvoirs du moment » pourront baisser les retraites.

J’espère donc que la majorité actuelle et ses chefs auront l’intelligence et le bon sens d’abandonner ce projet dans l’intérêt des Françaises et des Français et donc… de la France !

En l’écrivant ainsi, avec des termes mesurés, « je hurle sans bruit » mais nul doute que ce ne sera pas le cas des foules qui descendront dans nos rues si la majorité actuelle ne retire pas son projet tel qu’aujourd’hui annoncé.

C’est aussi dans cet esprit et avec la même mesure que je condamne les propos, excès, (voire insultes pour ce qui est du Président Brésilien), de Donald Trump, de Boris Johnson et de quelques autres des « princes » qui gouvernent notre monde qui nous « rappellent au souvenir » des années 30 et 40 du 20ème siècle.

Dans un monde qui court à sa perte en termes d’environnement, de pollutions, de climat, d’alimentation, d’eau et aussi de violences, d’intégrismes, voire de « fantasmes mortifères », avec de tels dirigeants tout semble perdu.

Heureusement, il faut croire au bon sens du peuple brésilien, du peuple britannique, du peuple américain, du peuple iranien, du peuple nord coréen, de certains peuples africains, et de bien d’autres, aujourd’hui contraints et souvent méprisés dans leurs rêves et envies par leurs dirigeants.

Et personnellement je crois et j’espère davantage en ce bon sens des peuples qu’au « cinéma » même bien organisé autour du G7 de Biarritz qui finalement n’aura débouché sur rien de bien concret.

Oui, en écrivant, « je hurle sans bruit » quand j’entends et quand je vois le peu de réactions aux pollutions mortifères alimentaires et respiratoires.

C’est pourquoi je me suis joins à de nombreux collègues maires en prenant un arrêté contre l’usage du glyphosate et de pesticides même si je sais qu’il sera « cassé » et donc inapplicable au nom de « l’incompétence légale » des maires en la matière…

C’est un cri poussé et relayé par les citoyens pour que nos dirigeants fassent preuve d’un peu plus de courage.

Si on ne change pas nos modes de cultures, de transports et de vie dès les premières années de la prochaine décennie, il en sera fini de tout espoir d’éviter « la catastrophe suprême » bien avant la fin du 21ème siècle.

Cela nous concerne tous, cela dépend de nous tous et en particulier au niveau des villes et des campagnes de leurs élu(e)s, de leurs maires et de leurs citoyens.

C’est une des raisons fortes, avec l’avenir de Villeneuve d’Ascq et de la MEL, pour lesquelles j’aimerais bien avoir encore les moyens de continuer à œuvrer durant quelques années.

Et c’est pourquoi, pour en convaincre le plus grand nombre, comme dans la défense de la solidarité, des services publics et des retraites de mes concitoyens, « je hurle sans  bruit » en écrivant, en travaillant, en réfléchissant, en discutant et en en rendant compte au fil de mes carnets sur mon blog.

Et s’il faut, pour y arriver, y associer un maximum de citoyens tout en respectant le rôle des élu(e)s auxquels revient de garantir l’intérêt général face aux intérêts particuliers, il faut pour cela que chaque citoyen puisse interpeller, questionner, pétitionner, ses élu(e)s directement, individuellement ou collectivement, via des conseils de quartiers, des comités de quartiers, des comités de défense, lors d’agoras organisées par les élus jusqu’à l’organisation de référendums locaux sur des sujets majeurs comme, par exemple, lors d’une succession de Maire en cours de mandat, comme par exemple dans le cas de ministres qui se font élire et qui n’exercent pas leur fonction pour rester ministre.

Il n’est pas très démocratique d’accepter sans en prévoir les modalités citoyennes, qu’un Maire se fasse élire et qu’il décide ensuite volontairement de laisser sa place à un autre Maire que les citoyens n’ont pas choisi à ce poste.

Somme toute, s’il n’est pas de « solution idéale » unique pour assurer une participation permanente de tous les citoyens, la « solution » passe par une multiplication de tous les moyens possibles en n’oubliant pas les responsables et les bénévoles des Associations qui font, en grand nombre et au quotidien, la vie d’une commune comme Villeneuve d’Ascq.

Je l’ai redit hier matin au Palacium devant quelques centaines d’entre eux à l’ouverture de la 37ème édition de notre Foire aux Associations « sans hurler ni faire silence » mais avec chaleur et pour redire tout ce que font les associations dans notre Ville pour nos concitoyens avec l’aide de nos services et nos fonctionnaires territoriaux.

Chacun dans son domaine et son quartier remplit un ou des services publics contribuant ainsi à l’attractivité de Villeneuve d’Ascq.

En cette dernière Foire aux Associations du mandat 2014/2020, il me fallait le redire, ne sachant pas à ce jour si je serai encore là pour la 38ème édition.

Je l’ai d’ailleurs expliqué mercredi dernier lors de la réunion de « Rassemblement Citoyens » à ses militants en constatant avec satisfaction que « le rassemblement était en marche à Villeneuve d’Ascq (et je l’espère à la MEL) sur un et des projets innovants, assis sur un et des excellents bilans », en partageant des valeurs communes et en conjuguant des différences qui, en s’additionnant, sont sources de richesses.

Et là encore, si par ailleurs on doit « hurler sans bruit » pour dire nos angoisses, nos désaccords, nos peurs et ce qu’il faudrait faire pour les éviter (ou au moins les réduire) à Villeneuve d’Ascq et à la MEL, il faut aussi savoir « hurler sans faire de bruit » pour dire nos espoirs, nos satisfactions et nos bonheurs, petits et grands, en prenant le temps individuellement et collectivement de les goûter pleinement.

C’est ce que je me dis tous les matins avant qu’une journée commence… et cela me permet de relativiser et de mieux supporter les cruelles blessures que certain(e)s m’ont causées…, sachant comme le disait ma grand-mère que « si je ne suis pas rancunier, je n’oublie pas et je ne pardonne pas ».

Je terminerai ce 571ème carnet avec 2 citations :

La première est d’Albert Camus qui structure « ma feuille de route » :

« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ».

La seconde éclaire ma pensée en ces temps difficiles :

« La vie est comme un arc-en-ciel, il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs ».



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