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Rameaux 1999 – rameaux 2004

 

Avril 1999, à Villeneuve d’Ascq, nous commémorons le 55ième anniversaire du massacre d’Ascq.

 

Le cortège qui parcoure les rues du village est toujours aussi important et impressionnant.

 

Marchant en tête des élus et des personnalités locales, je me remémore toutes les cérémonies que j’ai eu l’honneur de présider depuis celle d’avril 1977, des manifestations annuelles simples et émouvantes, rythmées par celles plus solennelles du 35ième anniversaire, du 40ième, du 45ième, du 50ième et aujourd’hui du 55ième.

 

Je suis, sans le savoir, en ce jour d’avril 1999, au faite « d’une gloire politique » qui se révèlera, bientôt, bien factice et bien fragile.

 

Confortablement réélu à la mairie en 1995, je me prépare en effet à engager un troisième mandat européen avec, en perspective, des promesses de responsabilités « à la hauteur », (me dit-on), du travail accompli pendant 10 ans.

 

J’ai, bien sur, beaucoup « d’amis », ma famille est unie et mes 2 filles sont en pleines forme.

 

Rue Kléber, je jette, en passant, un œil sur la grande maison bourgeoise qu’avec ma famille, je me prépare à acquérir. Je sens bien qu’elle risque de « troubler mon image » mais elle ressemble tellement aux maisons des « hauts » de Chailvet dans l’Aisne, qui pour moi, alors gamin de modeste condition, représentaient « la réussite » dont je rêvais alors…que je n’ai pas su résister à cette petite folie.

 

Cinq ans plus tard, je ne suis plus que conseiller municipal de Villeneuve d’Ascq, « non-membre-de-la-majorité »et je me prépare à quitter discrètement le Parlement européen. Je marche seul ou presque dans les rues d’Ascq pour le 60ième anniversaire.

 

Dans quelques mois je serai en retraite, les amis seront encore plus facile à compter, la plupart des élus socialistes qui, pourtant me doivent leur « carrière », au mieux me snoberont, au pire n’auront même pas la politesse de me saluer. Dans quelques jours enfin, avec ma famille, je vais quitter l’austère maison de la rue Kléber pour le lotissement plus souriant de l’Allée Arsène.

 

Il y aurait, sans doute, matière à désespérer, à crier à l’injustice, à dénoncer celles et ceux par qui tout cela est arrivé : c’est, en effet, volontairement, je le rappelle, que j’ai cédé mon poste de maire en mars 2001 à un homme que je jugeai alors digne d’assumer la charge de maire.

 

C’est consciemment, qu’en juin 2002, j’ai mené un combat électoral au nom d’idées qui ont toujours été les miennes mais sur lesquelles j’ai été battu par un appareil et avec des pratiques qui me font encore regretter ces 37 ans et 2 mois passés dans un parti capable de générer cet appareil et d’user de ces pratiques…

 

C’est en conscience enfin que j’ai préféré ne pas chercher à tous prix à rester député européen au delà de juin 2004…Il est des compromissions qui sont incompatibles avec mon éthique.

 

Mais tout en ne niant pas que ces évènements m’ont fortement secoué, pour  ne pas dire qu’ils m’ont quelque part cassé, je sais et je veux dire en ce mois d’avril 2004 … que je ne regrette rien !

 

Ma famille a évité de justesse l’éclatement. Mylène et Lucie sont toujours en pleine forme et j’ai retrouvé Sylvian.

 

Mon dernier carré d’amis est solide et chaleureux. D’autres citoyens que cachaient trop souvent celles et ceux qui se pressaient autour de moi sont maintenant plus visibles. Ils me disent cordialement leur soutien dans les épreuves que j’ai traversé et leur souhait de me voir revenir.

 

J’ai retrouvé une certaine sérénité, du temps pour lire, pour écrire, pour penser, …et pour apprécier des moments simples en profitant de mes enfants.

 

Strasbourg me plait toujours. Royaucourt et Chailvet a un goût d’éternité. La douceur angevine m’a fait retrouver «  les esprits de la nuit ».

 

Enfin, et ce n’est pas le moins important, j’ai des perspectives d’activités professionnelles qui répondent à mon envie d’UTILITÉ.

 

Avril 1999 – avril 2004

 

Cinq année qui ont vu ma vie largement basculer !

 

En arrivant dans le cimetière d’Ascq, je repense à cette sentence qui orne encore le fronton de certains vieux cimetières :  «  On m’a vu ce que vous êtes… Vous serez ce que je suis » et je me dis que c’est finalement une chance de m’être fait ouvrir les yeux avant d’être tout à fait mort, une chance qui m’est donnée, non pas de refaire ma vie, ce qui est heureusement impossible, mais au moins d’essayer de la terminer plus humainement et moins artificiellement…

 

En ce mois d’avril 2004, je suis sorti du temps des illusions pour entrer dans celui de la réalité de la vie, celle qui fait l’éternité…

 

 

                                                                                     Gérard CAUDRON

Non au silence imposé et, pire, à l'autocensure !

Non aux magouilles et aux magouilleurs patentés !

Non au mépris ”des princes qui nous gouvernent” à tous les niveaux !


Pour terminer ma chronique de ce soir, à l'intention de ”certains” qui se reconnaîtront, je rappellerai la fin d'une des fables de Monsieur de La Fontaine : ”La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf !” :

” Tout bourgeois veut bâtir comme des grands seigneurs, tout petit prince a des ambassadeurs, tout marquis veut avoir des pages”.

Une conclusion qui suit cette si belle phrase :

” La chétive pécore s'enfla si bien qu'elle creva…”

 

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" même lorsque s'abat l'orage, le blé ne meurt pas..." Jean Poperen Janvier 1997