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G é r a r d . C a u d r o n
D
É P U T É . E U R O P É E N
M A I R E


LETTRE OUVERTE.

Le Picard, né il y a 55 ans à Royaucourt et Chailvet dans l'Aisne, n'imaginait pas qu'il ferait un jour ce qu'on appelle couramment " une carrière politique ".
Le nouvel habitant de Flers " cuvée 1970 " ne se voyait sûrement pas devenir un jour maire socialiste de Villeneuve d'Ascq.
Le Conseiller Municipal qui siégea pour la première fois en conseil municipal le 24 février 1976 avant de devenir Maire de Villeneuve d'Ascq en mars 1977 à l'âge de 32 ans a, par contre, toujours su et toujours dit qu'il ne serait pas maire toute sa vie et que son objectif n'était pas de la terminer dans son costume de Premier magistrat de sa ville.
Nous sommes le 27 février 2000 et, après en avoir discuté et pris " conseil " de certains de mes amis, après avoir surtout mûrement et longuement réfléchi, j'ai pris une décision qui, bien sûr, me coûte et me déchire mais que j'estime raisonnable, voire nécessaire :
Je ne serai plus candidat au poste de maire en Mars 2001.
Ainsi, après avoir consacré à ma ville " en première ligne " la plus grosse partie de ma vie d'adulte avec l'énergie et la passion que l'on me reconnaît,
après avoir contribué à la façonner,
après avoir vécu pour elle pour ne pas dire parfois que pour elle,
il est temps que je prenne un peu de recul, que je passe au second plan pour ne pas laisser s'insinuer une forme de sclérose très courante quand le couple " maire-ville " dure trop longtemps.
A ce stade, on me permettra de préciser à l'intention des villeneuvois… et peut-être au delà… les raisons de cette difficile décision sachant que j'aurai pu en effet faire un autre choix, celui de Maire et Vice-Président de la CUDL, choix politiquement et matériellement sans doute plus sûr .
Mais je l'ai dit et le répète.
Vingt quatre ans, c'est long et je crois donc que l'intérêt bien compris de Villeneuve d'Ascq est que je laisse la place de maire à quelqu'un d'autre.
D'ailleurs, quand j'ai déclaré il y a quelques mois que je pourrais ne pas solliciter un 5ème mandat, je dois à la vérité de dire que si j'ai eu des témoignages émouvants d'attachement de quelques vrais amis et heureusement d'un bon nombre de citoyens anonymes, j'ai globalement entendu davantage de soupirs de soulagement et de chuchotements manœuvriers que de regrets.
Je préfère donc ne pas prendre le risque du " mandat de trop ".
J'ai, bien entendu, une autre raison qui tient aux engagements que j'ai pris le 13 Juin 1999 de me battre avec acharnement pour une Europe politique, sociale et citoyenne.
La crise autrichienne et les risques de fascisme en Europe, la difficulté de la réforme des institutions européennes, les incertitudes liées à l'élargissement à l'Est, le social qui continue à s'effacer devant le " tout libéral ", autant de motifs de mettre ce que j'ai d'énergie aujourd'hui au service de l'Avenir de nos enfants… à l'heure où trop de responsables politiques français désertent Strasbourg et Bruxelles…
Si, j'ajoute à ce stade de mon propos, le rôle de plus en plus ingrat des maires, sans statut, ni suffisamment de moyens d'action, laminés entre l'Etat et d'autres collectivités, guettés par les juges, rendus responsables par beaucoup de citoyens de tout ce qui ne va pas…
on m'aura peut être mieux compris.
Si je veux enfin consacrer plus de temps à mes enfants et surtout si je veux les protéger contre la bêtise de certains, qu'elle soit ou non électoraliste, j'aurai tout dit… ou presque…
Pour autant, si j'ai aujourd'hui décidé à Villeneuve d'Ascq de laisser à quelqu'un d'autre le devant de la scène, je confirme ce que j'ai dit le 16 janvier dernier lors de la cérémonie des vœux :
Je n'ai pas l'intention de disparaître, ni du paysage politique régional et métropolitain, ni bien sûr, de l'arène villeneuvoise.
Après avoir été longtemps, aux côtés de mes équipes successives, le premier bâtisseur de ma ville, je souhaite être modestement un compagnon parmi d'autres, avec un poste d'adjoint au maire et des délégations en rapport avec mes compétences.
C'est une leçon d'humilité que j'entends me donner.
Mais j'entends être aussi et je saurais être un recours en cas de besoin, l'horizon pour Villeneuve d'Ascq dans la Métropole n'étant pas exempt de lourds nuages.
Ainsi, si, un jour, je sentais une menace grave se préciser, je saurais user de tous les moyens, y compris de toutes les prochaines échéances électorales, pour reprendre mon bâton de défenseur de Villeneuve d'Ascq, de ses différences, de ses spécificités, et de ses droits.
Dans le même temps, j'exercerai correctement mon métier de député européen dans des combats où les français sont trop absents (et pas, quoiqu'on en dise, pour des raisons de cumuls de mandats !).
J'ai dit, il y a quelques années en entrant dans le troisième tiers de ma vie publique, que ma seule ambition était d'être Utile !
Aujourd'hui, au-delà de mon utilité " naturelle " auprès de mes enfants, mon utilité avérée contre les menaces mortelles qui pèsent sur l'Europe et sur nos libertés, me fait l'ardente obligation d'y concentrer mon énergie.
Et je le ferai en conservant les moyens d'une vigilance sans faille, ni limite, quant à l'Avenir d'une ville à la construction de laquelle j'ai consacré l'essentiel de ma vie et en faisant le nécessaire pour que ma succession s'inscrive dans la continuité sans rupture, ni reniement.
J'imagine que ces propos en réjouiront plus d'un… tant mieux pour eux… qu'ils en laisseront d'autres indifférents et je peux les comprendre.
Enfin, à celles et ceux qui seront tristes et déçus, je dis que non seulement je resterai près d'eux mais que ce choix en conscience je l'ai fait d'abord en pensant à elles et à eux.
Demain, comme aujourd'hui et comme hier, ils pourront toujours compter sur moi !

27 Février 2000
Gérard CAUDRON

 

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