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CLERMONT-FERRAND : ”MON MAI 68 A MOI”


Il y a 35 ans, c'était ”mai 68” !

”Mon Mai 68 à moi” (j'avais 23 ans et j'étais étudiant, salarié et marié) ne fut ni médiatique, violent et parisien, ni sage, encadré et lillois… il fut clermontois basiste et agité.

- Il commença d'ailleurs bien avant le ”Mouvement du 22 mars”, devant la préfecture de Clermont-Ferrand. Nous n'étions alors que quelques dizaines à manifester pour la défense de la Sécurité Sociale (déjà).

- Il m'est aujourd'hui particulièrement difficile de résumer ou de décrire une période au demeurant très courte, mais si dense que 35 ans après, ce mois de mai reste un des moments les plus importants du 20ième siècle dans la mémoire sinon l'imagerie populaire.

J'en parlerai donc par petites touches, images, odeurs.


- La fac de droit et de sciences éco la nuit : c'est la première fois que nous la voyions ainsi. La décision de l'occuper avait été prise. On était venu me chercher chez moi. Je découvrais un nouvel Univers, bien différent de son ambiance feutrée du jour.
- La manif. du 13 mai : nous sommes des dizaines de milliers sous le soleil, déterminés à changer la société et convaincus que nous allions gagner !
- Celle du 31 mai, (17 jours plus tard), tout aussi imposante… mais gaulliste. Je suis seul au bord du trottoir à contre-manifester, le poing en l'air en chantant ”l'Internationale” sous des tombereaux de regards et de cris haineux.

Entre temps, à la radio, sur EUROPE 1, on rejoue ”Paris brûle-t-il ?”, on entend Dany le Rouge et bien d'autres…des cris, des chants, les évènements pour la première fois ::

Mendés France et Mitterrand prêts à ”prendre le pouvoir” à Charletty.

De Gaulle avec l'armée française de Baden Baden, en Allemagne.

Un monde ouvrier et syndical qui s'est mis en marche avec réticence derrière des étudiants gauchistes…

Un Pompidou prêt à négocier avec des syndicats qui ne demandent que cela…

A Clermont-Ferrand, la place de Jaude tous les soirs…, l'odeur âcre des gaz lacrymogènes, le bruit sourd des bottes de CRS qui chargent (on entend le bruit avant de les voir quand on n'est pas en t^te de cortège),

Une expédition : la traversée d'une France hérissée de drapeaux rouges pour venir voir mes parents à Laon, en Renault 8, avec des jerricans d'essence dans le coffre.

Ma jeune sœur qui, toute fière, vient de se mettre en grève, ce qui provoque une colère inquiète de mon père pourtant d'accord avec le mouvement.

Etc… etc… etc…


En février 68, militants de la FGDS de François Mitterrand… nous n'étions pas très nombreux avec quelques étudiants du PCF et quelques PSU à représenter la gauche à Clermont-Ferrand.

En mai 68, nous étions brutalement submergés par les nouveaux révolutionnaires.

En juin 68, nous restâmes une poignée à discuter de la Réforme de l'Université et, pour ceux qui comme moi travaillaient l'été, à devoir subir le report des examens en septembre…

De Gaulle était revenu (il sera chassé un an plus tard par les siens)…

Pompidou était au sommet, ce qui va irriter le Général…

Mitterrand allait retraverser un désert et Mendés s'effacer définitivement dans le sillage de Gaston Defferre… (en 1969, lors des présidentielles)

Et pour clore le tout, en juin toujours, je vais faire la campagne d'un candidat socialiste dans les campagnes de l'Aisne encore terrorisées par les voitures qui brûlaient dans le quartier latin à Paris.

Il n'y avait alors personne aux réunions publiques et il y eut ensuite peu de bulletins socialistes dans les urnes.

Aux élections législatives générales, les gauches seront, comme jamais, réduites à leur plus simple expression ! (quelques dizaines de députés au total).


Un an après, en 1969, De Gaulle partait, Pompidou battait Jacques DUCLOS (PC). Il meurt 5 ans plus tard et F. MITTERRAND rate de peu l'élection face à V.G.E avant de le battre en 1981 !

Mais ceci est une autre histoire…


Aujourd'hui, la plupart des ”acteurs étudiants” sont devenus de bons petits (ou grands) bourgeois à l'aube de la retraite. Dany le rouge est devenu Vert. Les dirigeants politiques de l'époque sont morts et leurs ”disciples” gèrent les alternances gouvernementales avec un ”art et une délectation” digne de la quatrième République…

Le niveau de vie global des Français a sans doute augmenté, mais les pauvres sont encore plus pauvres… et, avec le retour ”de la réussite individuelle”, la solitude des exclus de tous ordres et de tous poils est encore plus grande.

Le mythe de ”mai 68” est intact, mais ”une Révolution pour changer la vie” reste à faire…

”Ce n'est qu'un début continuons le… combat ! ” (fin de citation).

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" même lorsque s'abat l'orage, le blé ne meurt pas..." Jean Poperen Janvier 1997