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"C'était écrit... déjà en février 1989"
Extrait de CHAUDS BEFFROIS de Guy DURIEUX

VILLENEUVE D'ASCQ

En apposant sa signature à côté de celles de Pierre Mauroy, André Diligent et Stéphane Dermaux au bas d'une charte définissant une vision commune du développement de la métropole, Gérard Caudron ressent en novembre 1988 une profonde satisfaction. C'est la première fois qu'un document politique reconnaît à Villeneuve d'Ascq le statut de grande ville, que l'ancienne ”Lille-Est” est perçue non plus comme une concurrente mais comme un atout pour le développement communautaire. Il a fallu pour cela douze ans de travail.

Maire d'une commune dont la population approche soixante-dix mille habitants, Gérard Caudron revendique aujourd'hui encore d'avoir de la terre à ses souliers. Celle du petit village de Royaucourt-Chailvet, où il naît en 1945 dans un milieu modeste. Son père est employé de bureau au syndicat patronal de la boulangerie de l'Aisne et sa mère a travaillé à l'usine. Tous deux votent S.F.I.O. et Gérard Caudron qui découvre au lycée de Laon les vexations pour cause d'origines sociales, n'envisage pas de militer ailleurs. Surtout pas au P.C. dont sont membres ses deux oncles qui accusent son père d'être traître à la classe ouvrière.

A dix-sept ans, il fait campagne pour le ”non” au référendum instituant l'élection du Président de la République au suffrage universel mais il ne trouve aucun responsable pour le faire adhérer et doit attendre deux ans et sa venue à Lille pour entrer aux étudiants socialistes.

L'année 1969 marque un tournant : Gérard Caudron quitte l'administration du Trésor où il était en poste à Roubaix pour passer le concours de recrutement de professeur en sciences et techniques économiques ; il quitte aussi le P.S. qui a investi Gaston Defferre pour l'élection présidentielle. Pour lui, cela ressemble trop au retour de la vieille garde. Il n'y revient que trois ans plus tard, suite à l'insistance d'un de ses anciens élèves devenu aujourd'hui un de ses adjoints, Robert Vanovermeir, et s'inscrit au C.E.R.E.S. de Jean-Pierre Chevènement.

Secrétaire de la section villeneuvoise du P.S., c'est à lui que revient naturellement le rôle de mener le combat politique lors de l'élection municipale partielle de 1976. Maire de Flers depuis 1947, puis de Villeneuve d'Ascq depuis 1970, le sénateur Jean Desmarets, membre du C.N.I, doit faire face à une crise interne au sein de sa majorité. Unie au second tour sous la houlette de Gérard Caudron, la gauche remporte les douze sièges en jeu et en 1977 c'est la municipalité qui tombe dans son escarcelle. A trente deux ans, Gérard Caudron devient maire de Villeneuve d'Ascq et les ennuis commencent. D'abord la ville est sous la tutelle de l'établissement public d'aménagement de Lille-Est et de la Communauté urbaine. Le lendemain de son élection, un employé de cette institution vient faire signer à Gérard Caudron des documents rédigés à la Communauté sur du papier à en-tête de la ville de Villeneuve d'Ascq. Son refus lui vaut un coup de fil d'Arthur Notebart qui le qualifie de ”petit con”.

Ensuite, la ville est en asphyxie financière. Le budget de fonctionnement établi pour 1976 n'était que de dix-huit millions de francs, soit autant que ce que représenteront en 1980 les emprunts à rembourser. Cette situation financière explique en partie la réplique de Gérard Caudron au maire de Roubaix Pierre Prouvost qui lui demandait d'adhérer à l'association du versant nord-est : ”J'ai déjà mes pauvres”.
Il faut donc la gestion rigoureuse exercée par l'adjoint aux finances Bernard Frimat pour sortir du gouffre. Gérard Caudron affirme que c'est grâce à l'action de l'actuel vice-président du Conseil Régional chargé du budget, avec lequel il n'a pourtant pas que des atomes crochus, que sa ville n'est pas tombée sous la coupe de Lille dont le maire espérait absorber la commune voisine en état de cessation de paiement.

A la fin de son premier mandat, Gérard Caudron a le sentiment d'avoir créé chez les habitants un sentiment d'appartenance villeneuvoise et son équipe décide de stopper la croissance de la ville, de maintenir des espaces ruraux et d'attirer des emplois plutôt que des logements. C'est sur ce projet que le maire et son équipe sont réélus en 1983. aujourd'hui, sur son territoire, la commune offre quinze mille emplois administratifs et vingt mille emplois industriels et commerciaux ; et le maire n'exclut pas que d'ici dix ans on soit obligé de construire au-dessus de l'autoroute qui traverse la ville pour offrir des terrains disponibles.

Le nouveau défi que veut relever Gérard Caudron dans les six prochaines années est d'inscrire Villeneuve d'Ascq au rang des technopoles européennes. L'Europe est d'ailleurs un mot qui le fait rêver et il se verrait bien entrer au Parlement de Strasbourg en juin 1989? Car pour l'instant Gérard Caudron a le sentiment d'être sous-utilisé dans son parti. La création en 1982 du canton de Villeneuve d'Ascq, qui recouvre exactement la ville, lui a permis d'entrer au Conseil Général dont il est vice-président. Il n'a toutefois pas gagné le bras de fer qui l'a opposé un moment à son puissant voisin Bernard Derosier, maire délégué d'Hellemmes et président de l'assemblée départementale, pour devenir député de la deuxième circonscription du Nord.

Si un jour la politique ne lui offre plus de projets, alors c'est décidé, il arrêtera. A la vie publique, Gérard Caudron préfère la vie tout court : la musique, la danse, les sorties au restaurant et même les moments de déprime. Sous ses aspects parfois un peu bourrus, cet homme est un affectif. C'est peut-être ce qui explique ce besoin qu'il a de s'exprimer par la plume sur de nombreux sujets : les communiqués signés de son nom, faisant part de sa réaction sur tel ou tel sujet de société sont fréquents.

Parmi ses correspondants il y a le président de la République. Gérard Caudron fait partie du troisième ou quatrième cercle des relations du chef de l'Etat. François Mitterrand le consulte une à deux fois par an : la guerre scolaire et l'instauration du scrutin proportionnel ont été des occasions de rencontres entre les deux hommes. Pour l'instant, Gérard Caudron n'a pas d'états d'âme. Il a un projet pour sa ville et les électeurs devraient lui permettre de le mener à bien. Son score lors des élections cantonales de l'automne 1988 lui évite toute angoisse : 61 % des voix au premier tour malgré la présence de sept candidats.

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" même lorsque s'abat l'orage, le blé ne meurt pas..." Jean Poperen Janvier 1997