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Laïcité, vous avez dit Laïcité ?
En danger, la Laïcité, En danger, la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ?
Assurément !
Qu’on en juge par ces quelques exemples.
L’Europe, tout d’abord.
À tout seigneur, tout honneur ! Après que les Néerlandais et les Français aient rejeté le projet de Traité Constitutionnel, le voici revenu sous la forme d’un mini traité dont ont peut dire qu’il s’appuie sur les mêmes fondements et conserve la même orientation. Mêmes causes, mêmes effets ? Hé bien, non ! Car il n’est plus fait référence à l’approbation populaire que confère un référendum mais à l’approbation dans les pays membres de l’Union Européenne par voie parlementaire. Ainsi, on ne court plus le risque d’un échec ! La démocratie, oui mais seulement quand on est certain de l’emporter ! Donc, l’idée du mini traité portée par l’hôte de l’Élysée. Faut-il applaudir sa capacité de conviction ? Toujours est-il que le conseil de Bruxelles s’est terminé par un accord unanime sur les principes d’un mini traité. La rédaction de ce traité est confiée à une Conférence Intergouvernementale, c’est-à-dire loin des citoyens. La dite CIG doit s’ouvrir avant la fin du mois de juillet et achèvera ses travaux le plus rapidement possible, et en tout état de cause avant la fin de 2007, afin de laisser suffisamment de temps pour que le traité qui en sera issu soit ratifié avant les élections au Parlement européen de juin 2009. Les premiers documents qui circulent, faute d’être classés « confidentiel » sont barrés d’un « sous embargo » qui ne trompe personne. Les citoyens européens ne doivent pas en avoir connaissance. Qui sait ce qu’ils en feraient ? Antidémocratique dans sa genèse, antidémocratique par la voie choisie pour son approbation, le mini traité est également antidémocratique par son contenu. Les pouvoirs du président de la commission seront vraisemblablement renforcés alors que sa légitimité électorale est nulle, la commission disposera seule du pouvoir d’initiative législative, au détriment du parlement européen. Quelques éléments du mandat donné par le conseil laissent penser que les dérives idéologiques en sont maintenues, concurrence libre et non faussée comme moyen et non plus comme objectif, maintien du statut des Églises, par exemple.
Les nouveaux entrants, l’exemple de la Pologne.
À l’automne 2005, les Polonais ont élu comme président de la république Lech Kaczynski, le représentant du parti conservateur Droit et Justice (PiS). Les sociaux-démocrates qui étaient au pouvoir depuis 2001, ont été balayés. Cette victoire est une victoire de la droite et de la religion puisque Lech Kaczynski a fait campagne sur le thème du rétablissement des valeurs morales chrétiennes traditionnelles. Dans ce pays où les moins jeunes ont du pratiquer leur religion en secret sous une dictature qui les persécutait, la religion a acquis, en quelque sorte, le statut de résistance à l’oppresseur. Alors que le nombre de chômeurs et d’exclus est fort important, Lech Kaczinski a profité de la vague religieuse en s’appuyant, notamment, sur la radio Marya, connue pour ses positions nationalistes et ultra cléricales et en prêchant le renoncement en ces temps de vaches maigres. Pourtant, parmi les rangs de la jeunesse, dans les grandes villes et les régions les plus occidentales, l’influence de la religion s’amenuise tandis que les mœurs se libéralisent. Tout se passe comme si, faute de martyres, l’esprit religieux s’estompait. Malheur au pays qui a besoin de héros, disait Bertolt Brecht. Ce qui est vrai des pays le serait donc aussi des religions, le sabre et le goupillon en quelque sorte… Mais, même en perte de vitesse, l’influence qu’exerce la religion catholique sur la politique intérieure et extérieure de la Pologne pèse lourd sur l’Union Européenne.
Ministre de la République ?
En 1999, en séance à l’assemblée nationale, la députée UMP Christine Boutin est allée jusqu’à brandir la Bible en l’opposant au PACS (Le Monde du 30 juin 2007). Celle-ci est devenue ministre de la ville et du logement dans le gouvernement de François Fillon I, le 18 mai 2007 et confirmée à ce poste dans le gouvernement de François Fillon II, le 19 juin 2007. La nouvelle ministre a nommé en qualité de chargé de mission, un prêtre catholique, M. Jean-Marie Petitclerc. La même Christine Boutin a nommé en qualité de directeur de cabinet, le préfet Jean-Paul Bolufer, connu pour son appartenance à la droite catholique dure et militante et réputé pour ses positions contre l’avortement ou l’homosexualité. Enfin, la ministre faisait partie, depuis 1996, des 39 consulteurs auprès du conseil pontifical pour la famille, chargé de promouvoir les initiatives de défense de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle. Devenue ministre de la République, elle a conservé cette fonction estimant qu’il n'y a aucun lien de subordination et aucune incompatibilité avec ses nouvelles fonctions, avis partagé par la nonciature apostolique à Paris. (Le Monde du 4 juillet 2007).
La HALDE au service de la communautarisation !
La délibération n°2007 – 117 du 14 mai 2007 de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité) considère que le refus de principe opposé aux mères d’élèves portant le foulard d’accompagner ces derniers en sortie scolaire […] apparaît comme contraire aux dispositions interdisant les discriminations fondées sur la religion […] recommande au ministre en charge de l’Éducation Nationale de prendre toute mesure nécessaire afin d’assurer […] le respect du principe de non-discrimination.
Après cette délibération de la HALDE, il est permis de penser que la communautarisation que l’on constate dans la vie quotidienne puisse s’étendre aux sorties scolaires. C’est dire si l’approche par les discriminations, qui semble de bon sens, permet de s’opposer au principe républicain de séparation dans le souci d’égalité et de neutralité de la chose publique. On voit également que, dans le silence de la loi (sur le statut des accompagnateurs scolaires), la haute autorité tranche contre la laïcité, de portée générale, au profit d’une liberté religieuse qui ne concerne que quelques-uns.
Voici quatre exemples des atteintes quotidiennes à la laïcité, à la séparation.
Cependant, comme l’a montré le vote des Françaises et des Français, le 29 mai 2005, en s’unissant, en se mobilisant, on peut faire échec à la montée des fondamentalismes et maintenir la République dans une neutralité qui seule permet la pensée libre et son expression.
Alain Carette
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" même lorsque s'abat l'orage, le blé ne meurt pas..." Jean Poperen Janvier 1997 |