"On l'appelait Monsieur le Président"

8 janvier 1996 - 8 janvier 2006 - 10 ans déjà!

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Journal citoyen du 5 janvier 2006

 

C’est dimanche prochain, le 8 janvier à 8h30 que sonnera l’heure du 10ème anniversaire de la mort de François Mitterrand.

 

Dix ans déjà, alors que pour celles et ceux qui comme moi, l’ont admiré et soutenu, c’est un peu comme si c’était hier.

 

Hier soir,  jusqu'à près de 2 heures du matin, j’ai regardé la deuxième partie d’un film documentaire qui lui était consacré, un film sans concession, un film « juste » qui campe un personnage hors du commun, le deuxième après le général de Gaulle, son ennemi intime, qui marquera avec lui l’Histoire française du 20ème siècle.

 

Les témoignages de ses amis étaient poignant, celui de sa fille Mazarine touchant…

 

Je me suis souvenu de ce 9 novembre 1995, où il m’avait convié à le rencontrer rue Frédéric le Play.

 

Je l’ai attendu dans le corridor. Il était parti faire quelques pas sur le camp de mars.

 

A son retour sa femme Danièle l’attendait. Il semblait épuisé. Ils se sont assis sur la banquette à 2 pas de moi, presque sans me voir… il a parlé de sa douleur. Elle lui a pris la main. Le médecin devait passer. J’étais prêt à m’éclipser. Il m’a retenu en me disant : « si vous saviez, Gérard Caudron ce que l’on peut ressentir quand on a été ce que j’ai été et qu’on se retrouve réduit à compter le nombre de pas qu’on est encore capable de faire ».

 

Je n’ai pas eu à répondre car il a très vite enchaîné en me demandant mon avis sur Lionel JOSPIN d’un air plutôt critique puis en m’interrogeant sur mes relations avec Pierre MAUROY dont il avait toujours un peu regretté leurs difficultés.

 

Il m’a dit beaucoup de bien de Bernard ROMAN avant de s’interroger, tout haut, sur les rapports de Martine AUBRY avec le suffrage universel, le tout en me disant bien qu’il avait pris du recul avec la « politique » et en m’assurant, comme pour consoler (mais en avais je besoin) que depuis 1981 il espérait toujours me faire accéder à un certain niveau de responsabilité.

 

On a aussi parlé de l’Europe et de son triomphe au parlement en janvier dernier. Je n’ai eu que le temps de lui dire que je n’avais jamais attendu rien d’autre de ma relation avec lui que de pouvoir lui dire simplement ce que je ressentais chez mes concitoyens vis-à-vis de lui et de sa conduite des affaires de la France.

 

Il en a semblé heureux.

 

L’heure s’était écoulé et il m’a raccompagné jusqu’au bout du couloir.

 

Au moment de le saluer, j’ai sorti de mon portefeuille une photo de mon épouse Odile avec notre fille Mylène qui avait alors 2 mois.

 

Il l’a regardé puis avec un sourire pétillant il m’a glissé : « Ah Gérard Caudron… vous êtes comme moi… vous avez toujours aimé les femmes… » ajoutant aussitôt : « la prochaine fois demander leur de vous accompagner… »

 

J’ai acquiescé, avec mon meilleur sourire et un grand froid  au fond du cœur… car je savais alors que je ne le reverrai pas…

 

En bas de l’immeuble, son chauffeur qui m’attendait m’a proposé de me déposer à le gare du Nord après avoir sollicité un signe d’espoir dans mon jugement sur l’état de santé du Président.

 

J’ai fait de mon mieux pour répondre et j’ai décliné l’offre de la voiture présidentielle.

 

Je suis allé à la gare à pied les yeux brouillés et la gorge douloureuse…

 

La génération Mitterrand dont je faisait parti depuis 1965 allait perdre son père.

 

Aujourd’hui 5 janvier 2006, ses vrais amis essaient de survivre en politique… pour ceux qui le souhaitent encore.

 

Ses héritiers, pour la plupart, ont pris leurs distances, une distance inversement proportionnelle à ce qu’ils lui doivent.

 

Lionel JOSPIN a payé le prix de son ingratitude ! Seul Laurent FABIUS assume pleinement sa filiation avec son style et surtout son courage.

 

Les Français, dans leur ensemble, portent un jugement très positif assorti du regret d’une certaine France qu’il incarnait si bien et que le monde écoutait encore.

 

le 5 janvier 2006

 

 

 

 

" même lorsque s'abat l'orage, le blé ne meurt pas..." Jean Poperen Janvier 1997