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Journal citoyen du 5 janvier 2006
C’est
dimanche prochain, le 8 janvier à 8h30 que sonnera l’heure du 10ème anniversaire
de la mort de François Mitterrand.
Dix
ans déjà, alors
que pour celles et ceux qui comme moi, l’ont admiré et soutenu, c’est un
peu comme si c’était hier.
Hier
soir, jusqu'à
près de 2 heures du matin, j’ai regardé la deuxième partie d’un film
documentaire qui lui était consacré, un film sans concession, un film
« juste » qui campe un personnage hors du commun, le deuxième
après le général de Gaulle, son ennemi intime, qui marquera avec lui
l’Histoire française du 20ème siècle.
Les
témoignages de ses amis étaient poignant, celui de sa fille Mazarine
touchant…
Je me
suis souvenu de ce 9 novembre 1995,
où il m’avait convié à le rencontrer rue Frédéric le Play.
Je l’ai
attendu dans le corridor. Il était parti faire quelques pas sur le camp de
mars.
A son
retour sa femme Danièle l’attendait. Il semblait épuisé. Ils se sont assis
sur la banquette à 2 pas de moi, presque sans me voir… il a parlé de sa
douleur. Elle lui a pris la main. Le médecin devait passer. J’étais prêt à
m’éclipser. Il m’a retenu en me disant : « si vous saviez, Gérard
Caudron ce que l’on peut ressentir quand on a été ce que j’ai été et qu’on
se retrouve réduit à compter le nombre de pas qu’on est encore capable de
faire ».
Je n’ai
pas eu à répondre car il a très vite enchaîné en me demandant mon avis sur
Lionel JOSPIN d’un air plutôt critique puis en m’interrogeant sur mes
relations avec Pierre MAUROY dont il avait toujours un peu regretté leurs
difficultés.
Il m’a
dit beaucoup de bien de Bernard ROMAN avant de s’interroger, tout haut, sur
les rapports de Martine AUBRY avec le suffrage universel, le tout en me
disant bien qu’il avait pris du recul avec la « politique » et
en m’assurant, comme pour consoler (mais en avais je besoin) que depuis
1981 il espérait toujours me faire accéder à un certain niveau de
responsabilité.
On a
aussi parlé de l’Europe et de son triomphe au parlement en janvier dernier.
Je n’ai eu que le temps de lui dire que je n’avais jamais attendu rien
d’autre de ma relation avec lui que de pouvoir lui dire simplement ce que
je ressentais chez mes concitoyens vis-à-vis de lui et de sa conduite des
affaires de la France.
Il en a
semblé heureux.
L’heure
s’était écoulé et il m’a raccompagné jusqu’au bout du couloir.
Au
moment de le saluer,
j’ai sorti de mon portefeuille une photo de mon épouse Odile avec notre
fille Mylène qui avait alors 2 mois.
Il l’a
regardé puis avec un sourire pétillant il m’a glissé : « Ah
Gérard Caudron… vous êtes comme moi… vous avez toujours aimé les
femmes… » ajoutant aussitôt : « la prochaine fois demander
leur de vous accompagner… »
J’ai
acquiescé, avec mon meilleur sourire et un grand froid au fond du cœur… car je savais
alors que je ne le reverrai pas…
En bas de
l’immeuble, son chauffeur qui m’attendait m’a proposé de me déposer à le
gare du Nord après avoir sollicité un signe d’espoir dans mon jugement sur
l’état de santé du Président.
J’ai fait
de mon mieux pour répondre et j’ai décliné l’offre de la voiture
présidentielle.
Je suis
allé à la gare à pied les yeux brouillés et la gorge douloureuse…
La
génération Mitterrand dont je faisait parti depuis 1965 allait perdre son
père.
Aujourd’hui
5 janvier 2006,
ses vrais amis essaient de survivre en politique… pour ceux qui le
souhaitent encore.
Ses
héritiers, pour la plupart, ont pris leurs distances, une distance
inversement proportionnelle à ce qu’ils lui doivent.
Lionel
JOSPIN a payé le prix de son ingratitude ! Seul Laurent FABIUS assume
pleinement sa filiation avec son style et surtout son courage.
Les
Français, dans leur ensemble, portent un jugement très positif assorti
du regret d’une certaine France qu’il incarnait si bien et que le monde
écoutait encore.
le 5
janvier 2006
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