Souriez, vous êtes filmés

 

Selon le rapport de Privary International, la situation des libertés individuelles se dégrade dans le monde.La France n’échappe pas à cette situation par rapport à 2006 ; nous sommes désormais classés parmi les pays dits de « Société de surveillance extensive ».

 

Dans le « Monde », du 28 Avril 2004, Robert Badinter déclarait 

 

« Le terme de sécurité est magnifié. On proclame que c’est la première des libertés. On entretien ainsi la confusion. Car ce qui est consacré dans la Déclaration des droits de l’homme, c’est la sûreté, c'est-à-dire l’assurance, pour le citoyen, que le pouvoir de l’Etat ne s’exercera pas sur lui de façon arbitraire et excessive. Le droit à la sûreté, c’est la garantie des libertés individuelles du citoyen. Certes, chacun a droit à ce que l’Etat assure sa sécurité de sa personne et de ses biens. C’est un objectif de valeur constitutionnelle qui s’impose à l’Etat.

Mais la recherche de la sécurité doit se concilier avec le respect du droit à la sûreté pour chacun, ce qui veut dire que l’on respecte ses correspondances, son domicile privé, et qu’on ne puisse pas débarquer chez lui en pleine nuit. »

 

Au Royaume-Uni, 4,2 millions de caméras de vidéosurveillance sont en service dans l’espace public, 25 millions de caméras au total, soit 1 caméra pour 2,5 habitants.

Les caméras anglaises ont permis de retracer le parcours des poseurs de bombes après l’attentat, mais rien ne garantit qu’une même équipe ne pourrait pas déjouer les systèmes de surveillance pourtant renforcés.

Une question doit se poser : la vidéo surveillance fait elle vraiment baisser la délinquance ?

Ce sont les Anglais qui ont mené le plus d’enquêtes.

Le constat est très mitigé : l’effet est très faible en matière de prévention, de dissuasion surtout sur les atteintes aux personnes.

Des pays comme l’Allemagne ou le Danemark résistent aux sirènes de la vidéosurveillance, tandis que notre ancienne ministre, Michèle Alliot-Marie désirerait que la France rattrape son retard.

En France, nous jouons dans la « cour des petits », Paris ne comptait en avril 2008 « que » 350 caméras de vidéosurveillance dans les rues….

Une centaine de villes font partie de l’association nationale des villes vidéo surveillées  (www.an2v.org).

 

La vidéosurveillance fait-elle baisser la délinquance, comme s’accordent à le dire nos ministres de l’intérieur successifs ?

Une petite note d’humour :

Le Canard Enchaîné du 22 Juillet 2009 relatait cette anecdote :

«  En France, nous observons que la délinquance diminue deux fois plus vite dans les communes équipées de vidéoprotection. Elle doit être davantage développée car elle a démontré son efficacité chez nos voisins »,  déclaration du ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, dans le Figaro du 14 Juillet. Luc Chatel a fait équiper sa ville de Chaumont de caméras performantes pour 50 000 € ; trois jours plus tard, une bijouterie située à deux pas de la mairie était victime d’un violent braquage….

 

Une étude datée de juillet 2009, à laquelle ont pris part l’I.G.P.N.* et L’I.T.E.N.*, note que « Le taux d’élucidation reste encore marquée dans les villes équipées de vidéo protection, même si un nombre croissant de personnes est mis en cause ou identifié grâce aux caméras. Les membres des équipes de grand banditisme gardent leur sang-froid dans l’action même quand ils sont filmés »

 

I.G.P.N. : Inspection Générale de la Police Nationale

I.T.G.N. : Inspection technique de la Gendarmerie Nationale

 

La vidéo surveillance : Technologie de surveillance ou de discrimination ?

 

Noé le BLANC, auteur de plusieurs articles, études universitaires et indépendantes à l’appui, démontre l’inefficacité de la vidéo surveillance. Il souligne que l’an passé en Grande Bretagne, 15 % du temps passé par les opérateurs devant leurs écrans relevait du voyeurisme.

 

Sont surveillés sans raison particulière :

 

Ce qui  sous tend, qu’un jeune « noir » a beaucoup plus de probabilité d’être vidéo surveillé par les caméras…Cela ne correspond pas à de la délinquance….

En France, on se doute bien qui serait en priorité vidéo-surveillé…

 

Georges MOREUS, commissaire principal honoraire de la Police Nationale, souligne :

 

«  Tout le monde est d’accord pour admettre que les caméras de surveillance n’ont aucune incidence sur la protection des citoyens, et la preuve est faite que ça ne sert pas à

grand chose pour diminuer la délinquance, sur la voie publique en tout cas. Il est donc pas légal de parler de vidéo protection ».

 

Quand on installe des caméras dans une rue, la délinquance se déplace dans une autre rue, ce qui implique que l’on installe d’autres caméras, et ensuite il faut embaucher d’autres personnes pour regarder les écrans, et ainsi de suite…

 

Et pour permettre d’avoir le visage de délinquants, il va falloir des images de bonne qualité, ce qui, la nuit, n’est pas assuré. Et si on demande à un suspect ressemblant à l’image : « Prouve nous que ce n’est pas toi… ». Cela pourrait arriver à chacun d’entre nous !...

 

Et que dire de la liberté de circuler, sans être « épié », même s’il faut sourire pour être beau sur les images…

 

Non vraiment, ce n’est pas le monde que nous voulons vivre à Villeneuve d’Ascq …. Réapprenons à vivre ensemble, à ne pas avoir peur de celui qui ne nous ressemble pas, qui n’a pas le même mode de vie que nous…

 

Depuis l’élaboration de notre programme, nous avons eu à cœur d’asseoir notre volonté de faire de Villeneuve d’Ascq une ville ambitieuse dans tous ses projets urbains de ville renouvelée, humaine, citoyenne, accueillante pour tous, respectueuse de toutes les mémoires….

En cela, nous ne pouvons adhérer à toutes les politiques de construction d’une ville apeurée, défensive, où l’on se dresse les uns contre les autres.

Une société construite sur la méfiance ne peut qu’affaiblir les fondamentaux de la république et porter atteinte au pacte social et solidaire bâti autour de trois mots :

Liberté, Egalité, Fraternité. Nous pourrions en ajouter un quatrième : Solidarité

 

Valérie DAMAYE et André LAURENT