SANS ABRI
« Il pousse son caddie en chantant, les gens le regarde à peine, plus rien ne le surprend sur la nature humaine, c’est pourquoi il ne pense qu’à rejoindre son lieu de mendicité, son lieu de prédilection, pour avoir quelques pièces ou chèques-restaurant pour avoir de quoi manger. »
Il côtoie les prostituées et en déambulant au travers de son chemin de misère, il croise Ingrid, jeune et belle femme de 21 ans, qui se prostitue depuis deux ans pour payer ses études de lettres car ses parents ne peuvent en assumer la charge, leurs revenus suffisants à peine à couvrir les leurs.
Plus loin, il rencontre David, un ancien cadre dynamique, qui a tout perdu le jour de son licenciement et son penchant pour la boisson n’a fait que l’enfoncer dans les gouffres abyssaux de la détresse, ne sachant plus comment remonter malgré les perches qu’on lui tendaient, à tel point que sa femme l’a quitté avec leurs deux enfants. Maintenant, il « survit » dans la rue en se cramponnant au faible espoir de quitter cette vie de galère.
Il croise également Etienne, un ancien toxicomane, qui a su rebondir et qui travaille maintenant au nettoyage des rames de métro avec qui il aime conversé et qui ne rechigne pas à lui donner quelque menu monnaie, même s’il ne roule pas sur l’or.
Il avait tout du bon orateur et son implication dans le milieu associatif faisait qu’il était souvent entouré. Ah, des amis, il en avait mais, ne dit-on pas que les amis restent des amis tant que tout va bien.
C’est ainsi que, quand la maladie l’a frappée et sa profonde dépression causée par son sentiment d’inutilité, sa femme l’a quitté et ses enfants abandonnés, ne préférant plus lui parler et préférant le renier.
Quelques amis ont continué à le côtoyer mais, très vite, cela s’est étiolé. Il a commencé à s’alcooliser, lui qui ne buvait pratiquement jamais, mis à part à quelques grandes occasions, et finit par ne plus payer son modeste loyer jusqu’au jour où il s’est trouvé expulsé. Ballotté de foyer en foyer et, ne supportant plus les méchancetés de certains, il décida de choisir la rue.
Des badauds aiment à l’écouter réciter des poèmes et raconter en musique avec sa vieille guitare sèche, à l’entrée du métro, lui, l’ancien professeur de français, dont le « slam » est devenu son échappatoire et son moyen à lui de crier son désespoir.
« On lui a tout donné et on lui a tout repris, il n’a plus l’envie d’avoir envie. » Il survit au quotidien sans penser au lendemain. Quelque espoir, il n’en a point malgré les soutiens des passants qui lui jettent l’obole. Tout ce dont il pense, c’est pour l’instant avoir de quoi manger.
Les grands froids arrivent et bien sur il ira s’abriter dans les structures sociales qui sont destinées aux sans abris dont la municipalité met à disposition. Mais, dès que la vague de froid sera passée, il retournera pousser son caddie en fredonnant, lui le paria comme disent les médisants, qui ne pensent pas à la souffrance qu’il ressent car il n’y a pas que le fait d’être à la rue qui est une déchéance. En effet, bon nombre de personnes, malgré le fait qu’elles travaillent, ont du mal à subvenir à leurs besoins et ce qui conduit, à l’aube de ces années 2010, les structures caritatives à avoir malheureusement de plus en plus « d’adhérents et d’adhérentes », qu’ils soient seuls ou avec des enfants.
Il pousse son caddie en récitant un slam d’espoir sur la vie, en espérant que cette année sera meilleure que les dernières qu’il a passées.
Moralité : Ne dédaignez pas les sans-abri car on ne sait pas ce que l’avenir, notre avenir nous réserve et chacun d’entre nous peut un jour ou l’autre sombrer et ne plus pouvoir se relever.
Olivier Urbaniak