L’Europe, oui, mais pas n’importe comment !Ratifié par la République française le 8 février 2008, le Traité de Lisbonne – je devrais dire les Traités de Lisbonne, car il s’agit à la fois du Traité sur l’Union Européenne, TUE, et du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne, TFUE – sont entrés en vigueur le 1er décembre 2009. Ces Traités contribuent à renforcer le principe de protection des missions d’intérêt général imparties à certains services eux-mêmes qualifiés d’intérêt général, y compris les services sociaux. Les Traités de Lisbonne reprennent l’essentiel des dispositions du projet dit constitutionnel rejeté par 54,68 % des Français lors de la consultation par voie de référendum du 29 mai 2005. Le principal acteur du projet de traité constitutionnel, Valéry Giscard d’Estaing, n’a-t-il pas déclaré à ce sujet dans le journal Le Monde du 26 octobre 2007 : « Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l'on cherche ». Ne soyons pas étonnés de la situation actuelle. Les attendus ne sont évidemment pas les mêmes mais l’absence de concertation aujourd’hui vaut le mépris avec lequel le vote solennel des Français par voie de référendum a été considéré hier. Quelles sont les incidences du Traité de Lisbonne sur les services sociaux d’intérêt général. Le livre blanc de la Commission européenne sur les services d’intérêt général en date du 12 mai 2004 affirme « reconnaître pleinement l’intérêt général dans les services sociaux » et établit la notion de « services sociaux d’intérêt général ». Deux communications datant de 2006 et 2007 en ont retenu les spécificités en matière d’organisation, d’encadrement, de financement et de nature des opérateurs et des utilisateurs. L’article 14 du nouveau Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne reconnaît la place qu’occupent les services d’intérêt général parmi les valeurs communes de l’Union ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la promotion de la cohésion sociale et territoriale de l’Union. Enfin, l’article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée le 7 décembre 2000 par l’union européenne précise que cette dernière reconnait et respecte l’accès aux services d’intérêt économique général tel qu’il est prévu par les législations et les pratiques nationales afin de promouvoir la cohésion sociale et territoriale de l’Union. Cette reconnaissance dispose désormais d’une valeur juridique analogue aux dispositions des Traités. Une distinction est faite en droit communautaire entre :
La directive 2006/123/CE du parlement européen et du conseil du 12 décembre 2006, dite directive service, héritière d’un projet de directive généralement mieux connue du nom de l’ancien commissaire européen qui en fut à l’origine, Frits Bolkenstein, vise à établir un véritable marché intérieur des Services d’Intérêt Economique Général, relevant exclusivement du droit de la concurrence. Les états membres disposaient de trois années à compter de la date de publication pour transposer la directive services dans leurs droits nationaux. Cette directive est clairement d’orientation ultralibérale. Elle vise à supprimer toute entrave à la concurrence libre et non faussée, en particulier en ce qui concerne les subventions ayant pour but, directement ou indirectement, de soutenir des services susceptibles d’être considérés comme marchands, dans des conditions susceptibles d’affecter les échanges entre états. Après le syndrome du plombier polonais ou, plus récemment, celui du pilote de ligne irlandais, on a pu parler de celui de la crèche lettonne. Souvenons-nous du discours prémonitoire de Pierre Mendès-France, le 18 janvier 1957, soit un peu plus de deux mois avant la signature des Traités de Rome. « Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme “providentiel”, soit elle recourt à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » Je partage parfaitement cette analyse. L’Union européenne n’a pas pris en compte la réalité des services publics tels que nous les entendons dans notre pays. Le gouvernement n’a pas transposé la directive service par une loi-cadre générale assortie d’une définition large des services sociaux échappant à la directive comme l’on fait la grande majorité des pays européens montrant ainsi son véritable caractère, plus libéral encore que la Commission européenne. Dans ce contexte difficile, il est important que la Municipalité utilise toutes les possibilités laissées par l’Union européenne pour ne pas passer sous les fourches caudines de la directive service. La dérogation aux règles de la concurrence est prévue dans l’arsenal juridique du droit communautaire : il s’agit de la procédure dite de mandatement. Le mandatement est l’acte par lequel une collectivité publique charge un opérateur, en l’occurrence une association, d’un service d’intérêt général et lui impose les obligations de service public qui en découlent. Le mandatement est nécessaire à la reconnaissance d’un SIEG. Ce mandatement entraîne ainsi une dérogation aux règles communautaires des aides d’état (y compris celles des collectivités locales) et permet l’octroi de compensations financières. Le combat est engagé et, lors de sa réunion du 21 octobre 2010, le conseil municipal de Villeneuve d’Ascq a adopté une délibération-cadre visant à la sécurisation des services sociaux d’intérêt économique général. Au-delà de ce premier pas, il importe désormais de répertorier de façon exhaustive l’ensemble des services publics concernés et de délibérer pour chacun d’eux en vue de les protéger d’une directive inique. Alain Carette 4 novembre 2010
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