Présentation  de la motion commune

 

Fev. 2011

 

 

Monsieur le Président,

 

 

La motion présentée  traduit une profonde exaspération de l’ensemble de la communauté éducative.

Exaspération d’autant plus forte qu’elle s’inscrit dans un contexte politique général assez particulier que nous souhaitons souligner dans notre explication.

Nous vivons en effet aujourd’hui, au niveau national, une situation sociale et politique inédite :

 

 

- Ministres condamnés par la justice,  qui restent en exercice, comme une belle illustration de la « république irréprochable » promise par N. Sarkozy.

- Frasques touristiques d’un couple de ministres qui ont malheureusement durablement hypothéqué tout crédit de la France en matière de politique étrangère et de défense des droits de l’homme.

- Remise en cause par des discours irresponsables et une politique inacceptable de notre identité nationale.

Identité  indissociable du droit du sol, de la tradition d’asile et de métissage qui est la nôtre,

-  Enfin, dans le même temps,  un démantèlement méthodique des services publics, des services sociaux et de la solidarité nationale.

 

         Nous ne reviendrons pas sur la question de la casse du service public de l’Education nationale  évoquée dans la motion présentée.

Nous ne reviendrons pas non plus sur les mouvements sociaux qui ont puissamment contesté la réforme des retraites,  de la justice,  de l’hôpital, aujourd’hui de l’Education nationale.

Tous ces mouvements sociaux qui ont été ignorés, méprisés par le gouvernement.

Nous évoquerons par contre la fronde historique de la magistrature à laquelle nous assistons, car elle rejoint sur le fond, la question de la politique éducative.

Alors que  l’inflation  législative et la répression chaque fois accrue traduisent le  seul traitement spectaculaire des questions de délinquance

Alors que la constante diminution des moyens matériels et humains ne  permet plus un suivi  cohérent des décisions de justice rendues,

 le Président de la République  croit pouvoir s’en prendre aux personnes et les stigmatiser, en jouant des tragédiens, en gouvernant sur le registre de l’émotion.

Or, depuis des années, tous les professionnels de la justice et leurs syndicats dénoncent le manque de moyen et de personnel de la justice. Nous  savons pourtant que cette incurie  accroit les risques de récidive pour les citoyens.

Dans le même temps,  signalons que le gouvernement instrumentalise la justice pour agiter la sphère populo-médiatique, mettant en place  une nouvelle loi  qui tend à réduire encore le droit des étrangers retenus,  qui met en place des audiences dans les centres de rétention et supprime la fonction essentielle du rapporteur public dans ce qu’il prétend être des « petites affaires »…

 

Force est de constater, donc, qu’il devient systématique dans la politique gouvernementale de traiter les problèmes sociétaux par des réponses incantatoires, simplistes,  médiatiques mais surtout en rupture avec l’esprit de la République.

L’exemple de la loi Ciotti évoqué dans la motion est caractéristique. Les syndicats enseignants, les associations de parents d’élèves ont largement exprimé leur opposition à cette loi mais aussi d’autres acteurs que ceux issus du monde éducatif. En particulier les associations qui luttent pour le droit au logement. Elles ont malheureusement démontré, nombres d’exemples à l’appui, comment des familles paupérisées, mal logées ne pouvait assurer une scolarisation exemplaire de leurs enfants.

Or la loi va les conduire à devoir rendre des comptes à l’autorité scolaire sur la réalité des conditions matérielles et sociales qui sont les leurs :

 

« Vous êtes pauvres, vous êtes mal logés, justifiez-vous ! » voilà ce qu’impose cette loi, en rupture totale avec la mission de l’Ecole républicaine.

 

Au bilan,  l’esprit de la République actuelle, héritée du combat de 1848 pour une République sociale, réaffirmée par la Troisième République lorsqu’elle a su s’imposer puis par la charte du Conseil National de la Résistance qui a présidée à la naissance de la Quatrième -et- de la Cinquième République… cet esprit  est en train de disparaître à mesure que les réformes  et l’attitude du gouvernement du gouvernement conduisent à une véritable rupture du pacte républicain.

Droits sociaux, Justice, Ecole,… Nous dérivons lentement mais sûrement vers un modèle de société où tout esprit collectif,  tout esprit coopératif et tout esprit solidaire est remplacé par une logique individuelle et stigmatisante pour les plus faibles.

 

         En conséquence, nous dénonçons  cette politique générale et plus particulièrement celle de l’éducation, qui faisait encore l’actualité ce matin devant le rectorat.

Nous effectuons à travers cette motion  le constat malheureux, de la rupture du pacte républicain par le gouvernement et le renoncement manifeste aux missions de service public qui sont les siennes.

 

Sylvain Estager

Rassemblement Citoyen

Groupe Europe Ecologie